Benjamin, 27 ans : « J’ai découvert que j’étais vosgien à l’âge de 9 ans mais j’ai réussi à m’en sortir. »

Share Button




TEMOIGNAGE – Qu’ils soient jeunes ou âgés, salariés ou à la recherche d’un emploi, le fait d’être né « vosgien » est un handicap au quotidien pour les 397.000 habitants du département. Benjamin, vosgien de 27 ans, nous raconte son parcours pour s’en sortir. Un témoignage bouleversant.

Vendredi, 15h30. Benjamin nous accueille dans la maison de ses parents : un petit corps de ferme situé sur les hauteurs de La Bresse, à quelques kilomètres de la frontière alsacienne. Au loin, le relief du Brabant se dessine à travers les sapins. En face de la bâtisse, quelques mirabelliers. Sur le côté de la porte d’entrée, une schlitte traditionnelle sur laquelle est disposée une balconnière. En entrant dans le salon, un poster de Claude Vanony, l’humoriste vosgien, fièrement accroché au mur, au-dessus d’une cheminée en vieilles pierres. « J’ai toujours vécu ici, avec mes parents » nous raconte Benjamin, 27 ans, employé administratif célibataire à la recherche d’un emploi.

« Vous savez, être vosgien aujourd’hui, ce n’est pas facile au quotidien » confie le jeune homme. Enfoncé dans un large fauteuil en cuir, il a le visage souriant malgré les difficultés. « Il faut affronter le regard des autres lorrains et réussir à s’adapter. J’étais découvert que j’étais vosgien à l’âge de neuf ans, ça a été un choc pour moi. Lorsque j’étais adolescent, il y avait des jours où je n’avais même plus la force de me lever tellement j’avais honte. »

Benjamin n’est pas le seul à souffrir de ses racines vosgiennes. Le constat est alarmant : prés d’un vosgien sur deux avoue avoir déjà déjà envisagé de changer d’appartenance géographique, deux vosgiens sur trois ont même déjà pensé au suicide. Selon une étude de l’INSEE réalisée dans le département le mois dernier, ce sentiment de handicap trouve ses racines dès l’enfance : rudesse du climat, ruralité du territoire, des facteurs qui empêchent le bien-être personnel et le succès professionnel. Un sentiment qui peut même devenir pathologique si le jeune vosgien devenu grand n’arrive pas à le dépasser.

« J’ai fait mes études de l’autre côté des Vosges, en Alsace. J’y ai découvert la télévision, internet, les sorties entre amis. C’est à partir de là que j’ai réussi à m’en sortir » confie le jeune homme. « Et puis j’ai découvert de département de Meuse, et j’ai compris qu’il y avait encore plus malheureux que nous. Mais même si j’ai réussi à dépasser mes difficultés, je ressens toujours un profond sentiment d’injustice, notre département est magnifique, j’en suis convaincu : les balades et possibilités de randonnées sont multiples, que ce soit en forêt ou en montagne. Tout ça, j’ai mis du temps à le comprendre et j’assume mes racines vosgiennes. Et aujourd’hui je suis fier de vous dire : je suis vosgien

La Rédaction

Propos recueillis par Marie-Christine Arnoult

L’article vous a plu ? Rejoignez-nous sur facebook et abonnez-vous en un clic !

Share Button

Comments

comments

Leave a Reply